Réagir ou agir, l'enjeu de notre quotidien

Vous empilez quantité de lendemains pour vous rendre compte qu’il ne reste rien que des semaines creuses derrière vous.

Vous vous reconnaissez dans la citation ci-dessus du Professeur Harold Hill, c’est normal. Nous sommes tous dans ce cas.

Contrairement à notre sentiment universel d’être différent, meilleur et unique, nos vies suivent toutes plus ou moins le même tracé : école, lycée, formation, travail, progression de carrière puis, quelques années plus tard, une chute avec classe jusqu’au sapin.

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Lancement, accélération, orbite, décélération, atterrissage…

Organiques

Il n’y a rien d’étonnant à cela. Nous sommes des êtres organiques et analogiques, notre mode de pensée est tout sauf structuré. Les idées fusent, se chevauchent, disparaissent et jaillissent presque à leur grès.

Quelle meilleure analogie (justement !) que celle du jeu de Go ? Là où AlphaGo s’appuiera sur des matrices vertigineuses représentant les chemins des possibles issus de millions de parties jouées, le joueur humain, même d’un niveau terriblement élevé jugera d’un coup “puissant” ou “bon” ou cherchera des formes “belles” et “harmonieuses”, ou encore, visera à occuper le territoire par “zones”.

Des concepts, des jugements, des perceptions face à une quantité de calcul et de mémorisation assimilable à l’infini pour un cerveau humain. Là ou Lee Sedol analyse sa carte du monde, AlphaGo voit la galaxie et en connait chaque atome.

Certes le joueur humain calculera aussi, mais à une échelle ridiculement infime comparée à celle du réseau neuronal de DeepMind.

La froide et implacable logique d’AlphaGo n’est pas ainsi faite. Des millions de parties ont créé un modèle, son cerveau (littéralement, son réseau de neurones, n’est-ce pas là un cerveau - mécanique - de silicium ?). AlphaGo ne sait pas pourquoi il joue ce coup, mais il sait qu’il va gagner en le jouant. Et de fait, il gagne.

Mais voici le paradoxe terrible qui en découle, et qui illustre tellement bien, je trouve, notre nature, et celle de la machine : nous ne pourrons jamais comprendre pourquoi ce coup qu’a joué AlphaGo était gagnant. Si nous regardions dans sa logique, nous ne verrions qu’un graphe presque infini pour notre perception humaine, constitué de poids et de directions, myriade de vecteurs constituant au plan macroscopique, une logique pour gagner presque à tous les coups au jeu de Go.

[…] Car AlphaGo, qui ne joue pas comme un être humain, a remporté des parties avec des coups jusqu’alors quasi tabous. Nul ne comprend aujourd’hui comment ces séquences, en principe catastrophiques, lui ont permis la victoire ; mais on les rejoue, inlassablement, dans l’espoir d’y trouver un jour une explication.

En d’autre termes, notre nature - analogique - nous interdit toute compréhension de cette supra-machine.

Cette intelligence artificielle n’a rien de ce que nous sommes, elle en est même l’inverse : une succession de décisions mathématiques, arbitraires et calculées ; là où nous ne sommes que pensées, émotions et sentiments.

Ces sentiments, irrationnels eux, parasitent constamment nos jugements, notre volonté irrégulière et sporadique perturbe nos résolutions.
Nous n’avons absolument rien en nous (intrinsèquement) d’organisé ou de mécanique. Nous sommes, par essence, spontanés.

Chaos quotidien

Cette spontanéité nous amène insidieusement à suivre nos journées sans trop y penser. Tel le joueur de Go, nous avançons nos pions jour après jour sur le goban de notre vie, parce que nous voyons là une belle forme, ou un coup naturel.

Mais sans y prendre garde, on s’aperçoit vite que voilà plusieurs années que nos parties se ressemblent toutes. Nos journées s’enchainent et se fondent les unes aux autres. Déjà vu.

Oh bien sûr nous avons un libre arbitre ! Je vous entend crier d’ici. Nous avons le contrôle, évidemment ! Mais quels sont nos réels choix dans cette vie de l’immédiateté, du tout connecté et du contenu-tsunami ? Prenons-nous le temps ?

Voilà, j’ai lâché le mot. Temps. T.E.M.P.S.

Le quotidien, c’est ce que nous faisons de nos journées, et nos journées, mises bout à bout constituent nos semaines, nos mois, nos années. Notre vie. Notre temps. Que faîtes-vous de votre temps ?

Nos journées sont parsemées d’interruptions : emails, appels téléphoniques et autres interpellations orales se succèdent, perturbant nos minables tentatives de nous organiser.
Le chaos s’installe chaque jour un peu plus, transformant chacune de nos journées en successions de réactions.

Nous réagissons, telle la truite se laissant porter par le courant de la rivière, telle la mouette s’élevant avec l’air chaud marin, tel le chien sprintant après son bâton ; nous voilà poussés en avant (pour aller où ?), aveuglés que nous sommes par nos routines de vie par défaut.

Agir durant nos journées, et non pas réagir à nos journées fait toute la différence, et il ne tient qu’à chacun de nous de décider de quelle façon nous voulons aborder la chose. Voulons-nous vivre, ou survivre ?

Reprendre le contrôle

Ce sujet - la gestion de notre quotidien, ou plus vulgairement, notre productivité (je n’aime pas ce mot) - est vaste et ne pourra bien évidemment pas être couvert entièrement ici.

Il est néanmoins la base de nombre de mes questionnements, réflexions, expérimentations et recherches occasionnelles.

  1. 60 minutes pour une Routine matinale efficace

Plusieurs de mes prochains billets évoqueront ce thème, sous différents angles, et souvent, en témoignant de quelques pratiques que j’ai adoptées pour tenter modestement de tirer partie de mon temps, consciemment.

À suivre…